Du 30 juillet au 6 août 2026.
Jeudi
Le bruit de la pluie métallique sur les balcons de fers. Le parfum de la terre humide remonte lentement jusqu’à mon étage.
Vendredi
Photographies pour Vinted. Elle est jolie la robe qui ne me va plus, au milieu de mes bibelots suspendue.

Samedi
J’ai oublié de ramener les livres à la bibliothèque. Je revois la bénévole me dire dans un sourire «Ne vous inquiétez pas. Je doute que quelqu’un se précipite sur Maeterlinck».
Dimanche

Sur Google Maps je cherche ma maison d’enfance. Le lieu-dit me revient. Je tremble un peu. Vu du ciel, rien que je ne reconnaisse. Que reste-t-il de ces pièces aimées entre toutes ? Les irremplaçables dont partout je cherche et tisse les échos ?
Il y a moins d’arbres, plus de lumières. Depuis la salle de bain, pas de raisins à portée de main. Mais sur les murs les roses trémières donnent un air d’aquarelle. Quelqu’un d’autre a vu la beauté de ce lieu. Quelqu’un l’aime et le fait vivre. J’emporte une capture d’écran et un peu de bonheur.
Lundi
Rêve de la nuit :
Une maison de campagne, au fond des bois. Les feuilles des arbres ont la couleur de l’automne qui se termine, mais sur le noisetier les coques sont encore vertes et tendres comme en plein été. Dans les parages un ours, attiré par les fruits. La Mère, petite et voutée me dit « S’il fonce vers toi, monte dans l’arbre». Je m’interroge : les ours ne savent-ils pas grimper ? Pourquoi ne me rattraperait il pas dans le noisetier ? Mais les branches souples semblent être un abris sûr.
L’hiver approche il faut rentrer les bêtes. Il y a deux chats. La Mère s’en occupe et les voilà à l’intérieur. Je m’émerveille de ce prodige. Dans mes songe les chats ne coopèrent jamais, toujours ils se tortillent lorsque je cherche à attraper. Certainement celle-là sait y faire. Vient le tour des chiens. Deux d’entre eux se précipitent dans la maison. Les autres trouvent abris à la cave. Ce sont des chiens mal dégrossis, assez aimés pour être choyés, mais trop remuant pour la vie d’intérieur.
Au saut du lit, tandis que je sirote mon café, tout me semble merveilleusement en place malgré le chaos des pensées.
Mardi
Sur Audible, j’écoute du Banquet de Platon. Les protagonistes y font, tour à tour, l’éloge d’Eros. Les premiers mots de Socrate m’arrachent, du fond du cœur, une exclamation et un sourire: «Mais quel enfoiré ! ». Fou rire, car c’est avec lui que commence la philosophie et j’y retrouve toujours cet élan originel – quelque chose comme le plaisir sournois de chercher la vérité avant tout pour prouver à l’autre qu’il ne la détient pas.
« C’est alors que je me suis rendu compte à quel point j’étais ridicule quand je m’engageais envers vous à être des vôtres pour célébrer, en mon rang, la louange de l’Amour […] J’étais assez stupide en effet pour m’imaginer qu’on doit, dans chaque cas, dire la vérité sur ce dont on célèbre la louange, et que cela est à la base […] Mais, à coup sûr, ce n’était pas là, selon toute apparence, la belle manière de faire l’éloge de n’importe quoi ! C’était bien plutôt d’attribuer à l’objet tout ce qu’on peut concevoir de plus ample et de plus beau, sans s’inquiéter de savoir s’il en est bien ainsi ou si cela n’est pas.»
Le Banquet, Platon – traduction de Léon Rubin
Mercredi
«Le tabac fort, dit l’homme, est déjà épais de lui-même. Si tu le met dans le grès rouge, il sue. Ça fait une sorte d’amitié, si tu veux, entre le tabac et la pierre, et ça donne à la fumée ce goût de bonne vase claire. Tu n’as jamais ramassé une poignée de boue dans une fontaine de source? »
Que ma joie demeure, Jean Giono
Jeudi
Debout, dés quatre heures. Les mots de Giono, loin de me rendormir, me tire définitivement hors du lit.
Il me faut frire des œufs et préparer le café dans une casserole, qu’il embaume toute la pièce. Ensuite, j’ouvre la porte de la terrasse et tandis que l’air de la nuit lisse les moustaches du chat, je somnole sur le canapé jusqu’à la sonnerie du réveil.